Musique d'"Ennio Moricone": "Il était une fois dans l'Ouest...."
ou "Il était une fois en Algérie..."
"Ce n'est pas être Passéiste que de se rappeler..."
Et de l'accueil en 1962 se traduisant en une seule image:

ACTUALITE
AVRIL 2026



Les détails journalistiques sont hélas, des "mauvaises nouvelles"
et si trop longues pour vous:
Passer directemnt en bas de page pour le "Bilan AVRIL 1962"
5 attentats, 3 morts, 2 blessés.
6 plastics.
Le centre ville d'Alger, bourgeois, est bouclé et fouillé, nombreuses arrestations.
5 officiers déserteurs du maquis O.A.S. de l'ouarsenis arrêtés.
Pierre Aoustin, pied noir d'Aïn Bassem, disparaît à jamais.

Comme lui, Gilbert Bayard, pied noir d'Alger, employé de bureau est aussi disparu.
A Oran Katz
ne communique plus le chiffre des victimes du FLN "de crainte
de provoquer la rupture du cessez le feu".
Les gaullistes et le FLN mettent en place une coopération secrète :
Vitalis Cros,
préfet de police d'Alger, ne cache pas qu'il coordonnait son
activité avec celle du FLN.
"Le FLN était devenu un parti reconnu le 19 mars.
Dès le 30 mars, nous nous sommes concertés de plus en plus régulièrement en accord avec le Rocher Noir et
le Président
Fares".
Le FLN n'a fait qu'amplifier ses actions après le 19 mars.
Le Préfet précise qu'il participa, dès le début d'avril,
à des "rencontres quotidiennes" avec Omar Oussédik "pour coordonner notre action avec celle des organisations
algériennes".
Vers quels buts tendait cette coopération ? Vitalis Cros est relativement imprécis:
"...il s'agissait", dit-il, "d'approvisionner les quartiers musulmans terrorisés et repliés dans leur terreur,
de ravitailler les cliniques,
- notamment celle du Clos Salembier
- et d'intégrer peu à peu la force réelle de l'Exécutif et du FLN dans le dispositif général
" Le Préfet fait allusion ici à une activité humanitaire et à une aide apportée à la population.
Cependant ses contacts ne se limitent pas à cela.
"Intégrer peu à peu la force réelle de l'Exécutif et du FLN dans le dispositif général "
est une formule délibérément neutre qui peut paraître anodine.
Elle ne l'est pas car elle signifie: participation du FLN à l'ordre public.
Pour cela, il lui faut disposer d'un corps de police.
Sous la dénomination de Corps Urbain, il entre en service dans la capitale au printemps de 1962.
Ses membres sont appelés les A.T.O. (Auxiliaires Temporaires Occasionnels).
A Alger, cette force, de l'Exécutif sera un des fruits essentiels de la coopération de la Préfecture de Police
et du
FLN.
Ainsi Vitalis Cros nous apprend qu'il devait recruter et former quelque 200 A.T.O..
Ces fameux A. T.O. ne sont donc pas des gens seulement agréés par le FLN mais bien choisis par lui.
On ne peut que les considérer comme une force sous influence,
une milice
à son service, bien qu'elle soit, ne l'oublions pas, équipée par les autorités françaises.
L'armée française attaque à l'arme lourde le maquis OAS de l'ouarsenis, elle arrête 44 hommes dont sept
officiers.
Les maquisards n'ont pas voulu tirer contre leurs anciens camarades, qui, eux n'ont pas hésité,
A Alger, dix attentats font 7 morts.
A Oran, deux morts, 5 blessés.
A Blida, des parachutistes se heurtent à une foule musulmane hostile, nombreux morts.
A Perregaux, un groupe FLN attaque des militaires français, 4 tués (dont un égorgé),
sept F.L.N. abattus.
17 attentats, 9 morts, 5 blessés à Oran.
5 enlèvements à Oran.
Hold up (cent millions d'ancien franc).
Le contingent est désaxé, désarçonné, désemparé.
Le jeu des rivalités et des inimitiés, la haine du pied-noir, les oppositions calculées et provoquées
entre cadres et hommes de troupe,
entre Légion et parachutistes d'une part, unités "régulières" d'autre part,
ont fini par désorienter totalement 1'armée si soudée de 58 et 59.
Si l'intégration de l'Algérie dans la France a été combattue par tous les moyens, la désintégration de l'Armée,
elle, a fait son oeuvre.
Aussi, les incidents se multiplient-ils, cachés bien sûr aux yeux de tous et surtout de l'opinion
métropolitaine.
Ils n'en deviennent que plus graves, parce qu'ignorés pour la plupart, mais admis et acceptés tacitement par un
commandement passif.
41 attentats, 39 tués et des blessés .
Comme d'habitude depuis le 19 mars, ces chiffres ne portent que sur les zones encore contrôlées par les français,
et donc ne comprennent pas les réjouissances sanglantes du bled.
Les chiffres d'Oran sont censurés par Katz,
et donc non connus.
Dont 18 à Alger, y compris un tir de mortier de l'O.A.S. sur la casbah
Dont 14 à Oran y compris un couple de sexagénaires retrouvés égorgés
.
Dont 3 à Relizane où le F.L.N. liquide d'un coup le maire musulman,
le secrétaire de mairie et le directeur départemental de la protection civile
La totalité du bureau de la commission de la defense nationale à l'assemblée du même nom démissionne.
Il s'agit de protester contre l'interdiction qui lui est faite d'aller enquêter sur les circonstances du
massacre de la rue d'isly,
et plus généralement sur la totale opacité des événements d'algérie.
Jamais une telle demission collective n'avait eu lieu.
22 attentats, 17 morts, 17 blessés.
Dont dix morts à Alger,
et 7 à Oran dont un adjudant.
L'armée continue à éradiquer le maquis O.A.S. de l'ouarsenis,
elle arrête 65 personnes dont de très nombreux harkis musulmans, ceux là auront la vie sauve car ils seront
transférés en France pour leur procès.
Arrestation de Degueldre,
le chef des Deltas d'Alger,
Arrestation à Marseille de 11 activistes, dont 10 étudiants.
Vote au référendum approuvant les déclarations d'intention, baptisées "accords" d'évian.
30 attentats, 26 morts, 67 blessés.
Dont 7 morts à Alger, 20 blessés, 14 plastics.
Le référendum
(dont les personnes vivant en Algérie, y compris miliaires et fonctionnaires, pourtant
les premiers intéressés ont été exclues) sage précaution, s'ils avaient en majorité voté non?
Approuvant les accords d'évian donne sur 27 millions d'inscrit:
6.573.181 abstentions (24 %),
1.108.982 nuls,
1.794.072 non (6,7 %)
et seulement 17.505.029 oui (65 %),
malgré l'infernale propagande qui l'a accompagné et l'interdiction faites aux partisans de l'Algérie française
de s'expliquer.
Au comité des affaires algériennes de ce jour, Joxe
déclare:
"il n'y aura pas de retour massif des harkis, c'est de l'intoxication et du bourrage de crânes".
Plutôt des égorgements, semble-t-il.
22 attentats, 20 morts, 9 blessés.
7 plastics à Alger.
Les troupes libérées de la garde des fermes et des ponts du bled livrés au F.L.N. gardent maintenant les banques,
pour éviter les hold-up.
10 morts, 23 blessés.
10 plastics à Alger.
L'université et deux collèges fermés par décision de la délégation générale.
10 "activistes" arrêtés à Bordeaux.
Monsieur Massenet, Conseiller d'état,
Président d'une commission interministérielle concernant le "Rapatriement Eventuel des Personnels placés sous le
contrôle des Autorités Militaires" remet son rapport.
On y lit entre autre "les musulmans fidèles ont besoin de notre aide et on n'a pas le droit de les
abandonner".
Aussi : "Ces gens ont combattus pour nous, ils frappent à notre porte, sous peine de mort.
La question qui se pose est : devons nous les rejeter?"
Ce rapport est bien accueilli par Pompidou,
alors premier ministre,
mais Joxe sera contre, il dira à Pompidou :
"Ce rapport est inadmissible. Il trouble les esprits" (d'après Massenet, la phase finale de la guerre d'algérie.)
Il ajoute : "il faut scier les pieds à la commission Massenet" qui sera dissoute le 19 avril.
18 morts, 37 blessés.
Obus de mortier O.A.S. sur le palais d'été, 7 gendarmes blessés.
Grenade FLN dans la foule à Bône, 22 blessés, tous civils,
7 officiers, 15 sous officiers, 85 hommes de troupe de la DBFM,
stationnée à Oran, rejoignent en corps l'OAS.
13 morts, 26 blessés
Dix plastics
Combats de rue à Alger, 6 morts 12 blessés chez les gardes mobiles, deux civils tués .
Sabotage de la tour de contrôle de l'aérodrome de maison carré.
30 attentats, seize morts, 35 blessés.
Après trois audiences, le général Jouhaud
est condamné à mort,
à la guillotine que de Gaulle avait dès 1958 épargné aux terroristes F.L.N.
En effet, Jouhaud, condamné par contumace lors du procès du putsch à la dégradation était juridiquement civil.
L'avocat général a été particulièrement virulent
De nombreux témoins ont essayé d'expliquer qu'il est l'emblème des pieds noirs trahis et trompés, et menacés
de mort.
Et que sa condamnation est celle de toute une communauté.
Parmi ces témoins, la veuve d'Albert Camus, des officiers, des députés, de très nombreux musulmans.
Ces arguments poussent visiblement le jury à la sévérité,
Ce même jour, Messmer,
ministre des armées, publie une instruction à l'armée sur
les harkis :
Primo : désarmement immédiat.
Secundo : Licenciement avec prime (six mois de solde minable) ou engagement dans l'armée d'active,
(plus tard, devant l'afflux, il sera précisé que c'est seulement pour les célibataires)
Le choix doit être effectué immédiatement et est irréversible.
Tertio : Ceux qui n'acceptent pas le licenciement sont regroupés dans des camps spéciaux gardés par l'armée.
Quarto : le désarmement doit être terminé pour le 15 avril. Le regroupement pour le premier mai.
18 morts, 24 blessés.
Grève totale dans les villes d'algérie, à la demande de tous les syndicats.
Pompidou nommé premier ministre, Debré n'est plus utile comme amortisseur.
A Tunis, Ben Bella insiste :
"Nous sommes Arabes, nous sommes Arabes, nous sommes Arabes" répété trois fois.
C'est la guerre non seulement aux chrétiens et aux juifs (c'est pas nouveau) mais aux kabyles.
Une déclaration d'un racisme très pur accueilli avec enthousiasme par les autorités morales françaises.
30 morts, 57 blessés.
Trois jeunes pieds noirs tués à coup de pierre par des musulmans.
Les policiers André Landzman et Germain Graby sont enlevés par le FLN, on n'aura plus jamais de leurs
nouvelles.
Plastic au rectorat.
Les enlèvements d'européens recommencent, on en signale à Collo, à Chréa.
Les enlèvements sont les assassinats soft,
Les avocats de Jouhaud présentent sa grâce à de Gaulle qui ne dit rien.
27 morts, 39 blessés.
Dans le train entre Oran et Alger,
trois militaires sous uniformes français, musulmans, qui allaient en permission, sont égorgés par le F.L.N. pour
l'exemple.
C'est la minuscule partie immergée de l'incroyable iceberg d'exécutions, qui se passent dans le bled dans le
silence
des médias.
Aït Ahmed, menacé dans sa vie par ses anciens collègues, prend le chemin de l'exil.
(En Suisse où il dispose des fonds collectés en France par le F.L.N.).
49 morts, 21 blessés.
La croix rouge internationale publie un communiqué rappelant que les "accords" d'évian prévoyaient la
libération des
prisonniers le 7 avril
et que le GPRA n'a rendu personne, alors que le gouvernement français a liberé 1840 detenus.
Après de nombreuses démarches sont rendus 9 soldats, 3 à Tunis, 4 à Rabat, 2 à Tizi Ouzou,
ce seront les seuls, les français en attendaient plus de 500...
A Alger 18 morts, 18 blessés.
A Oran, 8 morts, un blessé.
La fédération de France du FLN s'indigne que "des opérations de police soient encore menées contre les
algériens à Marseille ".
20 morts, 31 blessés.
Bagarre entre communautés au marché Clauzel à Alger, un européen tué, 3 musulmans aussi.
A Oran, bouclage et fouille détaillée du quartier "Plateau Saint Michel " l'opération durera trois jours.
Joxe confirme que la priorité du gouvernement va vers la lutte anti OAS.
8 morts, 2 blessés.
Arrivée de deux nouveaux escadrons de gendarmerie, portant à 12.000 hommes les troupes directement affectées
à la lutte
contre l'O.A.S.
Messmer (de l'acadéfraise) et Joxe décident de mettre les ATO
(troupes du F.L.N. habillées et armées par les gaullistes) dans les quartiers européens. Ils s'y régaleront.
Salan
est arrêté à Alger, en compagnie de sa femme, sa fille et son aide de camp,
le capitaine Ferandi.
Salan et ses compagnons sont immédiatement transférés à la Santé où les nombreux détenus Algérie Française
lui font une
ovation.
Les gaullistes et les gauchistes "anti peine de mort"
se précipitent à la prison de la santé et esquissent un assaut, dans le but avoué de
le mettre à mort immédiatement.
La police intervient, 20 blessés.
10 morts, 15 blessés.
Plastics à Alger en particulier dans l'imprimerie de l'écho d'Alger, le concierge en meurt d'une crise
cardiaque.
Plastics à Constantine et Philippeville.
A Constantine une bombe anonyme explose dans la villa de Portelli.
, dont Saadi, condamné trois fois à mort.
Ils vont se ruer en algérie, à la curée.
Dix morts, 20 blessés.
20 morts, 12 blessés.
Enlevement par le FLN du lieutenant de SAS François Le Merre, jamais retrouvé.
34 morts,
42 blessés,
au moins trois enlèvements dont :
-Une femme de 42 ans qui est sortie sur son balcon pendant que les gendarmes patrouillaient, à Alger.
-Un enfant de 17 ans qui collait des affiches, à Alger.
-Une femme de 25 ans, violée, lynchées et abandonnée pour morte dans un quartier en bordure des quartiers
d'Alger
que les musulmans ont déjà épurés ethniquement et où le FLN fait la loi.
-Un adjudant et son épouse à Bône ;
De gaulle à Peyrefitte,
"Que les français se persuadent qu'il leur faudra bien s'accorder avec le FLN
sans que la France ne les protège ou bien il leur faudra rentrer en france."
Un car est attaqué en grande Kabylie, les femmes qui s'y trouvent sont battues à coup de bâton
Une émeute de musulman cherchant à gagner un quartier de maison à Alger est réprimée par l'armée,
200 arrestations.
Un agriculteur enlevé à Oran.
21 morts,
23 blessés,
quatre enlèvements.
Plastic à Maison Blanche, deux avions endommagés.
Nombreuse arrestations à Oran, permettant la saisie de 18 tonnes d'armement et de munitions.
Une voiture piégée explose place du gouvernement à Alger,
une vingtaine de blessés(8 morts, nombreux blessés).
15 morts,
40 blessés.
La directrice de l'école communale de Maison Carré violée et battue.
Disparition (certainement enlevé par le FLN) de l'officier de police Georges Uriot.
19 morts,
16 blessés.
Le centre ville d'Oran est interdit (sous peine d'ouverture du feu sans sommation)
aux automobiles comme aux piétons.
Grenade dans un café de Aïn -Temouchent, 5 morts
Harkis liquidés à Saïda.
Plastics à Berre et à Avignon
10 morts
6 blessés,
quelques enlèvements, en particulier du sergent chef de l'armée de l'air Gilbert Dubocage,
des égorgements dans le bled passé au FLN,
29 plastics.
Dans le département d'Oran:
On recense 35 enlèvements depuis trois jours.
Les quatre derniers prisonniers du FLN, sont libérés à Rabat,
portant à 9 le nombre de soldats français rendus,
le FLN prétendait en avoir plus de 500.
Tous les autres avaient bien entendu été exécutés.
10 morts, 48 blessés,
un nombre non précisé de musulmans engagés envers la France et de pieds noirs
enlevés.
Dix enlèvements dans la région de Tlemcen.
Cinq militaires français égorgés dans un poste militaire à Marnia par des déserteurs,
espérant ainsi racheter leur vie.
Affrontement entre communautés à Aïn -Temouchent 5 morts (trois européens, deux musulmans) 20 blessés.
En avril 30.000 personnes ont quitté l'algérie,
portant à:
66.000 les départs depuis le début de l'année.
En Avril, il y a eu 184 enlèvements d'Européens>
(du 17 au 30, soit en 13 jours il y a eu 154 enlèvements ),
un chiffre reconstitué à partir des documents retrouvés dans les archives.
Roger Vétillard

le 30/12/2011
Il s'agit d'un sujet très sensible. Les recherches sur les disparus européens de la guerre d'Algérie n'ont
pas été rares.
Mais elles ont toujours été approximatives, faute de pouvoir recourir aux documents et archives.
Mises à part celles de Jean Monneret, qui a pu consulter quelques archives, la plupart de ces recherches
n'ont eu recours
qu'à des témoignages parfois imprécis, parfois convergents, mais critiquables car difficilement vérifiables.
En la matière quand on ne sait pas tout, la tendance est à l'exagération ou à la récusation, selon le côté
où l'on se situe.
Le travail de Jean-Jacques Jordi, historien universitaire spécialiste de l'Algérie, vient combler les
incertitudes.
Il a pu – enfin, avec un demi-siècle de retard
– accéder aux archives du Comité International de la Croix Rouge, des ANOM, du CHAN
–CARAN,du Ministère des Affaires Etrangères, du CAC de Fontainebleau, du SHD, du Cabinet Militaire de la
délégation générale du gouvernement en Algérie et du Service Central des Rapatriés.
La consultation de la quasi-totalité de ces archives reste soumise à autorisation dérogatoire.
Il a ainsi pu consulter près de 12 000 dossiers.
Plus de morts que l'admet l'histoire officielle
Ce qui est révélé dans ce livre est saisissant.
Ce que beaucoup d'Européens d'Algérie affirmaient, pour l'avoir vécu, est confirmé par les archives, rapports,
références précises et témoignages.
L'enquête est très transparente. Rien n'est avancé sans que la source, toujours vérifiable, ne soit précisée.
C'est un travail d'histoire scientifique qui ne peut être contesté. Mais peut-être sera-t-il occulté, ignoré et
escamoté?
Ainsi est-il affirmé, preuves à l'appui, qu'au moins 1 583 personnes, dont l'état-civil est précisé, sont
présumées décédées,
que le sort de 171 autres personnes est incertain et que les corps de 123 autres personnes ont été retrouvés.
Ainsi donc, il n'est plus possible de dire que moins de 1 877 personnes sont concernées par ces disparitions.
Et qui dit disparition veut parler des personnes victimes d'un enlèvement, c'est-à-dire d'une mise au secret,
d'une privation de liberté,
avec une dénégation complète des responsables de l'enlèvement et une dissimulation du sort réservé à la
personne disparue.
On ne parle pas ici des personnes dont le corps a été retrouvé ou qui ont été tuées sans être enlevées.
La Vème République a du sang sur les mains
Pourtant, les archives confirment que les autorités françaises savaient que des Européens étaient disparus,
que, bien souvent,
elles connaissaient les ravisseurs, les lieux de détention et qu'elles ont toujours refusé d'intervenir, en
particulier après le 19 mars 1962,
période où se situe la plupart des enlèvements et même quand il s'agissait, encore, d'un territoire sous
administration française
où les forces de l'ordre pouvaient intervenir sans difficultés.
Elles savaient que ces personnes enlevées subissaient des sévices corporels importants, qu'elles étaient parfois,
donneurs de sang forcés, saignées à blanc jusqu'à ce que mort s'ensuive, qu'elles étaient torturées puis
exécutées,
que les femmes étaient violées et parfois enfermées dans des bordels. Dès lors, les autorités militaires et
civiles françaises
peuvent être accusées de non assistance à personne en danger et l'historien peut rappeler que ces exactions
de l'ALN envers les
Européens d'Algérie peuvent constituer des crimes contre l'humanité (Commission de droit international
- 1995- vol. II -2ème partie).
Et leurs auteurs, parfois parfaitement identifiés (par exemple Attou à Oran), ne sont jamais inquiétés.
Une épuration ethnique
Il faut souligner que, sous couvert de lutte contre l'OAS, c'est, en fait, à une épuration ethnique que nous
avons assisté en Algérie,
sur un mode "mineur", avant la signature des accords d'Evian (il s'agit de 320 personnes) , d'une façon
méthodique après le 19 mars 1962
(cela concerne près de 3 000 personnes)
avec parfois le concours de l'administration française ou des "barbouzes" qui n'hésitaient pas à livrer des
pieds-noirs au FLN,
voire même à remettre à l'ALN des personnes qui avaient réussi à échapper à leurs agresseurs et qui croyaient
naïvement que demander la protection de la gendarmerie française leur épargnerait d'être renvoyés vers leurs
tortionnaires.
Les noms de ces Français coupables, qui ont laissé faire ce massacre sont cités, de Fouchet à Katz, de
Lemarchand à Louis Joxe…
Les archives du CICR et les autres sont éloquentes sur ce sujet.
En effet, à partir du cessez le feu, l'ennemi en Algérie, pour l'armée et la gendarmerie, et bien sûr pour
le FLN, c'est l'OAS.
Et comme les Européens sont réputés, dans leur grande majorité, être favorables à cette organisation
clandestine,
ils deviennent tous présumés coupables d'assistance à organisation terroriste. Et une justice immanente est
dès lors légitimée.
Les exactions algériennes se sont poursuivies plusieurs mois après l'indépendance.
On en recense
-1 128, entre le 19 mars et le 1er juillet 1962,
- 1 849 au cours du second semestre de cette année 1962,
- 367 entre le 1er janvier le 30 septembre 1963.
Il est désormais difficile de continuer à soutenir que la guerre d'Algérie a pris fin le 19 mars 1962
et il est impossible d'affirmer que le déchaînement de violence, fin 1961-début 1962, venait essentiellement
de l’OAS, comme le soutient Pierre Daum.
Car la stratégie, des commandos du FLN est claire : faire fuir le Français d'Algérie par la terreur.
L'auteur s'attarde, 34 pages durant, sur les massacres survenus à Oran en juin et Juillet 1962.
Ici les documents parlent. Il n'est nul besoin de les commenter.
Ils accablent le général Katz en dépit des interventions de plusieurs officiers qui ont bravé les interdits
de leur hiérarchie.
Un général Katz à la mémoire défaillante dans le livre qu'il a publié en 1992, où il contredit ses propres
rapports dans cet ouvrage qu'il a osé intituler "L'Honneur d'un Général!"
Il faut lire cet ouvrage de Jean-Jacques Jordi.
Il se situe bien au-delà de ce que beaucoup imaginaient et il est écrit par un historien rigoureux et averti,
qui paraît surpris par ce qu'il a découvert. Certains pourront contester quelques détails sur les noms,
les commentaires mais le fond reste précisé. Alors Silence d'Etat ou Scandales d'Etats?
Il reste à écrire au moins trois autres études du même calibre concernant les militaires, les civils
musulmans et les harkis disparus.
Quelques photos:




